Transition

vortex

 

Je me demande bien ce que je vais te raconter aujourd’hui. Non pas que je manque d’inspiration. J’avais même un beau sujet déjà tout trouvé. Oui mais non, ce dimanche je ne me sens guère légitime à te parler d’ascension.

Tu es l’une de ces cent personnes qui me font l’honneur d’une visite quotidienne, alors je te dois bien ça, de l’authenticité. Allons donc au cœur de ma vérité du moment : Je traverse une semaine dans les tréfonds de moi-même.

C’est arrivé tout doucement. Au départ le simple sentiment d’être submergée par la to do list sans fin de la rentrée. Sentiment renforcé par le perfectionnisme qui me caractérise. Je suis depuis le 1er septembre dans la peau de Sisyphe, je recommence encore encore encore encore encore des tâches auxquelles se rajoutent encore d’autres tâches, puis d’autres, et d’autres. Une frustration énorme est venue envahir tout l’espace. Combien de minutes consacrées à mes projets créatifs sur 24 heures ? Dans le meilleur des cas 30 minutes ? J’ai regardé les jours défiler sans prise sur eux, pire j’ai tourné les pages de l’agenda pour y découvrir un emploi du temps à venir totalement hermétique à toute velléité créative, et ce pour des semaines et des semaines à venir. Une agressivité larvée qui a fini par exploser. J’en voulais à la terre entière de ne pas me lâcher les basques, de ne pas me laisser respirer, de ne pas me laisser me réaliser. J’attendais si fort cette rentrée scolaire pour y placer quelques heures solitaires, pour enfin me jeter dans l’action.

Et puis ce fameux matin fluidité zéro. Je n’arrive pas à sortir de chez moi, toujours un contretemps, je me retrouve coincée dans un parking à enjamber le siège passager, puis empêchée d’avancer dans les allées du magasin par un carton, un client, un caddie qui déboule de nulle-part, je ne trouve rien, la file est interminable, tout m’échappe des mains, les sachets s’éventrent et c’est à ce moment, en attente à la caisse, que le téléphone sonne. Pour la première fois depuis des années j’ai laissé mon agenda sur mon bureau, marre de le trimballer pour rien. Pas vraiment utile pour faire les courses non ? La suite me prouvera le contraire. Au bout du fil un médecin. Je sais instantanément qu’elle ne rappelle personne à la légère. Mes résultats d’analyse sont insatisfaisants, elle veut me voir, vite.

Dix jours à mettre à distance cette nouvelle que je sais mauvaise, à l’accueillir comme une chance, à être dans la foi. Jeudi j’ai craqué. Face à la perspective annoncée d’une intervention chirurgicale j’ai commencé à me ratatiner sur moi-même. Tous les vieux démons sont sortis de leur boîte, trop heureux de saisir l’occas.

Tu vois bien que tu ne feras rien de ce dont tu rêves. Tu vois bien qu’une nouvelle maladie succèdera toujours à une autre. Tu vois bien que ta famille ne sera jamais un soutien pour toi. Tu vois bien que t’es nulle. Tu vois bien tu vois bien tu vois bien.

Cette litanie je ne la connais que trop bien cher lecteur. Elle était passée aux oubliettes depuis de longs mois. Coucou me revoilou. Emotions désagréables en cascade, blessure d’abandon, de rejet, de maltraitance psychologique, sentiment de médiocrité. Tout y passe. En quelques jours je me sens perdre la tête. Je pleure moi qui ne pleurais plus. Je déprime moi qui était la joie même. Je me sens vide et sans entrain après des mois à foncer droit devant.

Ok j’arrête là, je te fais un résumé. J’ai dégringolé les barreaux de l’échelle de ma belle ascension et je t’écris suspendue par une main. Mon regard se tourne vers le haut de l’échelle et je n’en vois pas le bout.

 

montagnes russes

 

C’est pourquoi je me demande si j’ai encore le droit de débattre du sujet même de l’ascension vers sa joie véritable avec un résultat actuel aussi désastreux. J’ai laissé passer une soirée avant de pouvoir répondre à cette question. La voici :

Oui j’ai encore ma place sur ce blog. Parce que ma progression, pas plus que la tienne, n’est linéaire. J’assiste ni plus ni moins à un gros creux de vague. Il est là pour me montrer quelque chose. Je ne sais pas quoi, c’est ce qui m’ennuie.

Me voilà donc face à ma foi pour seule ressource. C’est peut-être la réponse me dis-je en tapant cette dernière phrase ? Tester la force de mon abandon ? Faut dire que je l’ai bien cherché. Je lance un maxi nettoyage énergétique de toutes les sphères de ma vie et je suis surprise de voir arriver M. Propre avec son bidon de javel pure. Forcément ça décape quoi.

 

monsieur propre

 

Tu veux connaître mon mantra du moment ?

Fais que je T’aime et que j’oublie tout le reste.

Ma prière a été entendue et ce TOUT LE RESTE est en mode désintégration. Je passe ma vie au scalpel, au sens propre, oups !

Je me sens dans un espace fragile, vulnérable, dans un espace de transformation, un espace totalement inconnu. Cet espace c’est celui de la rencontre avec soi-même. Il est inconfortable parce que le mensonge n’y a plus cours.

Les deux faces de l’être-humain que je suis me sont présentées. C’est sympa d’apercevoir son reflet dans le miroir quand il est flatteur. Ça l’est beaucoup moins au moment de s’avouer « je suis aussi cette sale personne là ». Je suis qui je suis et je dois en accepter toutes les parts.

C’est le programme, ou plutôt l’absence de programme qui sera le mien courant septembre. Je te retrouverai après cela. D’ici là je me serai abandonnée au grand nettoyage et j’aurai enchaîné sur un grand voyage outre-Atlantique.

Je te retrouve après cet espace nécessaire.

 

 

11 commentaire sur “Transition

  1. bon, ça, c’est dit ! là, non mais cent blague .
    être entière, entièrement, la, maintenant, avec la foi et le courage pour tenir debout malgré les vagues et le vent qui souffle, tenir bien sa barre, et regarder droit devant. Être souple et robuste sur ses jambes, jouer avec les éléments, et tan pi pour l’eau qui vient taper l’avant du bateau, il est solide; pour l’eau qui balaye le pont, ça le nettoie, pour le vent qui fouette le visage, il rappel ce qu’est d’être vivant, les yeux regardent au loin pour maintenir le cap, et le cœur sait bien que le calme reviendra..

    je t’embrasse ma belle

  2. Ma Flo, est-ce que ta réaction à cette épreuve ne nous prouve pas juste que tu es magnifiquement humaine ? Sans une sensibilité extrême, pas de vraies joies ni de vrai bonheur mais pas non plus d’imperméabilité aux acidités de la vie sans doute…?
    Je t’embrasse avec mes deux bras autour

  3. Mille pensées positives. Respire ! Tes anges gardiens veillent sur ton esquif ; ils sauront te montrer le chemin ! Confiance ; il suffit de suivre le courant de tes intuitions !
    Je t’embrasse bien fort. A bientôt quand tu seras rentrée au port.

  4. Courage petite Florence. Oui ton blog est utile, il touche au cœur ceux qui le lisent. Vois tout le positif autour de toi, tout cet amour que tu génères par tes mots et ta présence. Gros bisous, Corinne

  5. Bonjour Flo,
    Je découvre ce matin coup sur coup tes deux derniers articles, et si je suis triste de lire celui-ci je dois avouer que déjà une petite phrase à la fin du précédent m’avait inquiétée…
    Un mot m’interpelle : perfectionnisme. Perfectionniste pour la liste de rentrée, et perfectionniste dans ta quête de la joie ? Peut-être qu’une clé est là, te donner le droit à l’imperfection, le droit de chuter quand une telle épreuve se présente, le droit d’avoir des failles, le droit d’être aussi cette « sale » (humaine ?) personne là.
    Je te souhaite que tout au fond du tourbillon tu puisses donner le coup de pied qui te re propulsera à la surface, je te souhaite aussi d’arriver à profiter de ce voyage dans les abysses comme de chaque jour de ta vie. Je te souhaite beaucoup de courage, et le droit aussi de ne pas en avoir pour un moment… La quête de la joie n’est certainement pas un long fleuve tranquille, mais comme on dit l’important est le chemin plus que la destination.
    Plein de douces pensées pour toi, merci pour ce blog et l’inspiration que tu me donnes pour ma propre quête, et merci de ton honnêteté 🙂
    Flo

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