Relations

synapse

L’être humain meurt sans attachement, meurt sans partage.

C’est ainsi, c’est aujourd’hui prouvé par les neurosciences, la construction de notre réseau neuronal dépend de la qualité de nos relations. On peut observer sur un écran la destruction synaptique à l’œuvre chez un enfant né en milieu hostile. L’imagerie médicale ne ment pas.

Un bébé meurt s’il est seulement nourri/langé sans paroles d’amour, comme en témoigne l’expérience extrême menée au 13ème siècle par Frédéric II.

Plus récemment, la plus grosse étude jamais réalisée dans le domaine, menée sur 75 ans par l’université de Harvard conclut définitivement à l’absolue nécessité relationsde nourrir des relations épanouissantes pour vivre bien.

Je suis déjà parvenue à cette conclusion par le biais de ma propre expérience personnelle. Enfant non désiré élevé par des parents au comportement toxique malgré eux, mon corps à bout de souffle a développé une maladie qui touche précisément la destruction de mes … synapses. Ma moelle épinière et mon cerveau, sièges de leur développement par excellence, s’autodétruisent. Il est effectivement difficile de se construire une « colonne vertébrale » saine dans un tel contexte de non-amour et d’insécurité affective.

C’est pourquoi, arrivée à l’âge adulte, j’ai toujours recherché – inconsciemment lorsque je travaillais auprès des enfants puis consciemment aujourd’huià nouer des relations de qualité dans ma vie. Je ne sais si ce travail de résilience me rendra mes gaines de myéline endommagées mais ironie du sort, je les étudiais en long en large à la faculté de sciences pendant mes jeunes années, fascinée par ce qu’elles racontaient déjà.

Ce que je sais en revanche, c’est qu’il n’y a pas d’autre voie que celle-là. J’en ai essayé beaucoup d’autres « vois-tu », les sans issue, les glauques, les désespérées, les sans avenir et les solitaires. Puis j’ai fini par vider la corbeille de mes essais-erreurs qui dégueulait de partout et j’ai commencé à balayer devant ma porte.

J’ai commencé par le faire au sens propre, en désencombrant petit à petit la maison, en dépoussiérant mes habitudes, pour ensuite faire le tri dans mes relations. Car pour nourrir ce vide d’amour synaptique je n’étais guère regardante sur mon entourage. J’ai appris avec le temps que tous les manchons de myéline ne se valent pas. Oui c’est comme ça qu’on appelle cette substance blanche lumineuse qui entoure tes fibres nerveuses, un peu comme une gaine électrique. Je me suis forgée une image de ces manchons comme étant autant d’individus faisant partie de ma vie. Chaque relation nourrie d’amour est pour moi l’équivalent d’un beau manchon lumineux à enfiler autour de mes fibres. Et j’ai espoir de réaliser l’impossible réparation en accordant toute mon attention à mes relations aujourd’hui.

Dans ma vie il y a deux petits manchons que j’affectionne particulièrement, ce sont mes filles. Elles brillent d’une substance blanche de toute beauté. Aussi je les lustre tous les jours pour qu’elles conservent encore et toujours leurs merveilleuses qualités conductrices. Car oui, lorsque tu perds tes manchons de myéline, puis tes synapses, la conduction dans ton corps ne se fait plus, ou mal, un peu comme une autoroute en travaux ou un pont dynamité.

J’ai toutes sortes de manières de soigner ma relation à elles. La plus efficace que nous ayons trouvé toutes les trois pour lui conserver toute sa précieuse luminosité c’est la littérature. Cela pourrait être autre chose bien entendu, mais pour nous trois les livres sont des joyaux, des trésors, des ponts.

De la même manière, j’essaie dorénavant d’être attentive au lien spécial qui m’unit à telle ou telle personne évoluant dans mon environnement. Car j’ai beau choisir à présent qui laisser pénétrer mon univers gravitationnel, pour conserver cette belle lumière blanche dans mon corps comme dans le leur, il faut prendre soin de ce lien. J’ai avec chaque personne un lien qui nous est propre.

C’est un peu comme si ces liens spécifiques étaient là pour nourrir un aspect de soi.

  • Avec ma fille aînée je me suis inscrite à un atelier d’écriture pour nourrir notre amour des belles lettres.
  • Avec ma fille cadette nous déclamons des poèmes dans la salle de bain pour la jubilation des mots.
  • Avec telle amie nous échangeons des recettes végétariennes pour nourrir nos convictions.
  • Avec telle autre notre intérêt se porte sur la permaculture pour nourrir notre besoin de protection de la nature.
  • Avec une autre encore nous avons des échanges spirituels, des partages sportifs, une relation musicale, un lien d’entraide, des conversations intimes, etc.  Tout est bon du moment que ça nourrit de part et d’autre un besoin relationnel d’amour et qu’on n’attend pas de l’autre de tisser des liens impossibles qui ne lui correspondraient pas.

Combien de fois ai-je entendu des gens déçus de ne pouvoir nouer tel ou tel lien avec une personne, lui en faisant le reproche. Pourtant aucun être vivant ne peut être à la fois l’ami qui console, l’ami qui aime sortir, l’ami qui partage votre footing, l’ami qui vous parle littérature, l’ami qui retient les anniversaires, l’ami qui prépare un bon plat, … Et aussi certains liens changent en même temps que nos fibres empruntent d’autres voies. Et encore certains liens ne se créent pas du tout, ils ne sont pas souhaitables car ils ne nourrissent rien en nous, pas dans cette vie là en tout cas.

Tiens cela me donne envie de te partager ce magnifique poème de Julos Beaucarne.

J’étais partie pour écrire un tout autre article et, comme en mode automatique, voilà ce qui est sorti aujourd’hui du clavier, la qualité du lien relationnel, son importance, le partage, l’attachement.

Je termine – justement – en partageant avec toi le plus grand des espoirs. Ce n’est pas un enseignant spirituel qui me l’a transmis mais la science. Sais-tu que la myéline de nos fibres, réputée irréparable en cas de destruction, se reconstitue chez certains patients, par le plus grand des mystères ? Elle est à l’image exacte de la résilience qui peut s’opérer dans ta vie dès lors que tu accordes toute leur valeur à tes relations. Les liens se dénouent et … se renouent. Pas nécessairement avec les mêmes individus mais l’essentiel est d’en créer de nouveaux et de les nourrir.

univer cerveauCar il semble que ce qui se passe à l’intérieur de nous ne soit que le reflet miniature d’un univers bien plus vaste, régit par des lois similaires. Je te laisse avec un film onirique à méditer.

 

 

 

2 commentaire sur “Relations

  1. Je suis heureuse que tu m’es acceptée dans tes relations. Cela me met en joie et me nourrit moi-même, en espérant que cela est réciproque pour toi. <3

    1. Ma chère Anouchka, c’est moi qui suis touchée que tu m’acceptes dans ton « univers gravitationnel ». J’espère pouvoir continuer à tisser des liens avec toi car il ne fait aucun doute que tu es une personne de qualité et infiniment attentive à autrui. Je serais honorée de poursuivre le chemin à tes côtés.

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