Raku

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J’avais somme toute une représentation très limitée de l’univers de la poterie. Elle tenait d’une part à mes quelques expériences de maîtresse d’école – barbotine et colombins – d’autre part à mon expérience de formatrice BAFA, jeux sensoriels et découverte de la terre.

Et puis il y a eu, comme pour tout le monde, cette fameuse scène de film dans laquelle ce mâle torride pétrissait son épouse tandis qu’elle s’activait, suggestive, sur son tour de potier. Oui, je veux parler de Patrick Swayze, le fameux. Je déglutis.

Plus loin et plus sage, dans mon enfance, sur le port de La Rochelle, il y avait cet homme (il y est toujours !) qui chaque été, installait son tour en bois, qu’il entraînait du pied avec une grâce déconcertante, faisant surgir des merveilles, vases, pots et couvercles ajustés. Quand les Ah et les Oh étaient à leur apogée, toujours le même rituel. D’un geste accompagné d’un sourire mutin, il écrasait le tout, réduisant ainsi les objets à peine façonnés en un amas argileux.

Ainsi pour moi, entre la barbotine et le tour de potier, il n’existait rien. Et je continuais à rêver de ce contact avec la Terre. A défaut, enfant, j’ai possédé un jouet qui moulait le plâtre, dont les résultats me fascinaient déjà. J’obtenais de véritables objets.

Alors voilà, ça devait être mon heure car en juin un ancien collègue, non loin de chez moi, m’apprend que sa femme s’est reconvertie en potière. Oh oh ! Ne pas laisser passer un appel aussi évident. Page FB, je vois quelques unes de ses créations et je suis emballée. D’autant plus que cette personne pratique le Raku. Kezako ? Quelques recherches plus tard, je découvre un art ancestral japonais et des poteries à la beauté envoûtante.

Plus loin encore, j’apprends que le mode de cuisson présente des spécificités qui me chavirent le cœur. En effet, c’est dans un feu intense qu’il faut enfourner les pièces. Et là tout me remonte, toutes les lectures de Pierre Rabhi sur le passé de son père forgeron. Bien entendu, lui-même sculpteur à ses heures, ce n’est pas la terre qu’il modèle, mais il raconte comme nul autre le mariage de l’homme et du feu, qu’il décrit telle une danse à deux, délicate et dangereuse. J’ai toujours été fascinée par le feu. L’un de mes plus grands rêves serait d’installer un jour un petit poêle à bois chez moi, pour voir les flammes dévorer les bûches. Le feu de cheminée de ma toute petite enfance me rassurait tant.

Cerise sur le gâteau –  là le Raku suscite définitivement mon intérêt – à la sortie du four, par provocation d’un choc thermique suivi d’un enfumage en caisse fermée, des fissures aléatoires vont se créer et noircir la terre par endroits, offrant à tes yeux ébahis le spectacle d’une pièce unique aux résultats imprévisibles. Le rêve.

Mon premier cours de poterie a eu lieu. Dans son garage aménagé, nous sommes cocoonées, accueillies par un thé fumant et un petit radiateur avec tout le confort et la chaleur dont j’ai besoin en ce moment. Nous sommes quatre, je suis la nouvelle. Je peine à vous décrire cette première séance car je m’y suis sentie tellement à ma place que je suis rentrée le soir en chantant, avec le sentiment d’avoir vécu un moment d’exception. Deux des femmes étaient musiciennes et l’une d’entre-elle travaillant en histoire de l’art, les discussions y sont allées bon train, respectueuses, riches et drôles. Des humains qui se rencontrent vraiment, dans l’atmosphère paisible d’un atelier.

Et la terre. Je pensais rencontrer la terre et j’ai rencontré la mère. Elle est douce et légèrement rugueuse, car pour le Raku, la mienne contient de la silice. Ces petits grains de sables ne me gênent pas, au contraire, ils massent mes paumes. Je désire réaliser une assiette alors j’étale au rouleau, de toutes mes forces, debout et avec le poids de mon corps. Je moule la forme, je découpe, j’ajuste, sous les conseils bienveillants de Berlande qui est très à l’écoute du rythme et ressenti de chacun.

« Ne ferais-tu pas une petite décoration au milieu de ton assiette Florence, sais-tu dessiner ? »

Ah ? Je n’y avais pas pensé, une décoration ? Voyons voir, je n’ai jamais dessiné dans de la terre. Une idée me vient … Et si ? Si je faisais prendre vie à Ascensationnel ? assietteSi je gravais cet emblème de la joie retenu pour illustrer ce blog ? Me voilà donc partie à dessiner des pissenlits et des petits personnages qui s’envolent avec eux, symboles de ma quête de joie.

Demain je vais poursuivre la création de ma pile d’assiettes et l’année prochaine tu pourras, si tu t’arrêtes chez moi, venir déguster un de mes petits plats dans une assiette unique faite de mes mains. Rien que d’y penser j’en perds la tête.

Le champ des possibles est immense, l’émaillage, les engobes et autres empreintes de graines à imprimer dans la terre, … les possibilités sont infinies !

C’est donc une belle histoire d’amour qui commence ou plutôt se poursuit, celle qui habite le cœur des hommes depuis des millénaires, celle de la rencontre entre soi-même et la Terre-mère. Dans cet espace hors du temps je me sens humaine. Sans doute parce que le mot homme provient lui-même du latin humus et que la légende raconte que nous en fûmes ainsi formés.

6 commentaire sur “Raku

  1. Pourquoi ai-je les yeux embrumés à la lecture de ton article. Je suis ému de voir avec quelle maestria tu décris tes joies intérieures. J’ai l’impression de te redécouvrir un peu plus à chaque article tandis que s’égrènent les arpèges au piano.
    C’est beau. C’est magnifique.
    Merci…

  2. Ah que ça donne envie ! Je n’en ai jamais fait de poterie, mais je me vois bien les mains dans la terre ou (la mère, lol), cette douceur qui en émane … Bon, je rajoute dans ma liste de rêves à concrétiser : essayer la poterie 🙂
    Bisous ma belle florence

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