Pré-histoire

J’ai souvent raconté cette histoire.

Je vais le refaire ici, par écrit, parce que ma mission, si tu n’as pas oublié, c’est de répandre la joie. Or tu vois, cette histoire là c’est de la bombe, de l’or en barre, un truc que même si tu crois pas aux anges avant de me lire, tu vas tous les prier à la fin de ce billet. Quoi ? J’exagère ? Attends je te raconte.

C’est le temps où je me la joue fille désespérée, genre rien n’est jamais arrivé d’aussi grave à personne achevez-moi s’il vous plaît merci. Je fume comme un pompier, je vais bosser la mort dans l’âme, je suis la nana la plus seule au monde que même le mot solitude il a été inventé pour moi. Bref, je vais me jeter sous un train dans deux minutes trente.

Bon en fait je divorce.

Je suis donc dans cet appartement que mes pensées repeignent en gris à longueur de soirée, de week-end et mon amie Florence, seule bouée à laquelle je m’accroche pour ne pas échouer, passe me tendre une boîte de mouchoirs ce jour-là. Elle est accompagnée d’une copine à elle dont je n’ai aucun souvenir à vrai dire, moi qui ne vois que mon chagrin écrit en lettres clignotantes sur le mur du salon.

A cette époque Floflo et moi -ouais c’est une de mes meilleures amies alors je l’appelle Floflo si je veux d’accord ?- on a appris trois pauvres accords à la guitare et on les tourne en boucle devant nos jeunes élèves dépités. Et aussi parfois on se montre respectivement nos deux progrès, trop fière les filles quoi. En vérité, à part devant Flo, et un peu mon ex, je ne joue jamais, trop la trouille d’être ridicule tu vois. Mais ce jour-ci, mon cœur est si lourd que je peux bien jouer du violon sur la place publique en me prenant pour Yehudi Menuhin sans éprouver la moindre honte, juste avant de me jeter sous le dit train.

Alors je prends ma guitare devant Flo et sa cops, je ferme les yeux, et non seulement je me mets à gratouiller mes trois accords mais en plus je me mets à chanter, toute la chanson. Les deux filles n’osent pas me couper, par politesse sans doute. Je rouvre les yeux, persuadée d’avoir été entendue par tous les anges du ciel réunis tellement ma peine a jailli comme un cri de ma gorge. Et mes espoirs avec. Parce qu’avec ce divorce, j’ai pu faire mentalement la liste de tout ce que je ne voulais plus chez un homme, et cette chanson elle dit tout ça, le jamais plus, le trop c’est trop et la prière au plus profond de mon cœur.

Flo part en voyage le lendemain, je lui souhaite bonne route la mort dans l’âme, style je ne te reverrai plus je me serai pendue avant ton retour.

Ben non mon ami lecteur, c’est le moment où mon histoire bascule dans l’irréel, l’inattendu, le fantastique, la paranormal et où je te file la banane avant que tu ne fermes cette page déprimé :

J’ai un ordinateur depuis peu et oh comble du luxe et de l’évolution technologique réunis, depuis un mois à peine j’ai un modem. J’ai deux chats chez moi et, intéressée par les félins, j’ai tapé dans le moteur de recherche imprécis de l’époque –les moins de trente ans ne peuvent pas comprendre- le mot « chat ». Et j’ai vu défiler sur mon écran des phrases étranges. Je les ai observées totalement hypnotisée pendant dix bonnes minutes avant de comprendre que oui c’était bien des gens qui communiquaient en direct. Aujourd’hui ça te fait sourire, mais c’était tout bonnement révolutionnaire à l’époque. Les fameux « tchats » venaient de naître et Meetic n’existait pas, à peine pensable non ? La préhistoire.

Sur le tchat grand sud-ouest de Wanadoo un homme me harponne. J’aime pas son accroche du tout et je ne sais pas pourquoi mais je lui réponds quand-même. Et très vite j’aime beaucoup beaucoup la tournure de la conversation. Et de laisser tomber mes dix conversations parallèles – oui y’a pas de justice je suis une femme- et de n’attendre plus que lui, de guetter pendant une semaine la pendule sur le mur de la classe pour le retrouver sur mon écran le soir. Seul mon rendez-vous avec lui compte, je ne sais pas ce qu’il fait, je ne sais pas à quoi il ressemble mais nous décidons vite de nous rencontrer. Ce sera peut-être pour un autre billet, la rencontre. Tout ce que je peux te dire c’est qu’à la seconde où il est entré chez moi les murs gris sont devenus rose bonbon et j’ai cessé sur le champ d’étudier l’horaire de passage des trains. C’était lui, j’en frisonne encore.

Florence est rentrée de voyage, est passée me voir. Ne m’a pas reconnue. Grand écart émotionnel, des sourires à revendre et le feu d’artifice dans la poitrine. Je venais de rencontrer le grand amour, celui de ma vie, celui avec lequel on veut faire des enfants et faire pousser des salades en admirant le coucher de soleil.

Alors je te le demande, quelle chanson interprétée a le pouvoir de faire apparaître un ange dans ta vie en quelques jours ? Ne cherche pas loin, un truc facile avec trois accords hein.

Il s’agit de Ben Harper et son fameux « Waiting on an Angel ». Oh je sais bien que ce n’est pas en conseillant à toutes les âmes éplorées de chanter « j’attends mon ange » que ça va le faire pour tout le monde. Ce qui a fait la différence ce jour-là c’est ce savant cocktail entre la profonde et sincère prière d’amour dans mon cœur, le lâcher prise face au jugement des personnes en face de moi et le choix du chant, source de joie dans ma vie s’il en est. Tout était juste et aligné. Les anges ont entendu et m’ont envoyé l’un des leurs.

Puissent ces quelques lignes t’aider à garder l’espoir lorsque toutes les lumières semblent éteintes autour de toi, puisse ce petit récit t’inspirer la manière de contacter en toi ce qui vibre et monte au ciel direct, sans escale. Fais connaître ton chant et tu seras exaucé.

Pour te partager un peu de ce merveilleux souvenir, quelques secondes de « guitare ».

Image de prévisualisation YouTube

PS : Florence si tu me lis laisse moi un p’tit commentaire 😉

 

 

 

 

13 commentaires sur “Pré-histoire

  1. C’était un matin sec d’avril. A l’heure ou le soleil ravale la nuit, l’heure où les oiseaux diurnes accordent leurs vocalises.
    Une heure incertaine, et déterminante pour les heures à venir.
    Une rencontre entre deux être humains, si banale et si exceptionnelle, une rencontre qui allait tout chambouler.
    Du fin fond du désert au confort douillet de mon lit, je me suis toujours demandé à quoi tenait cette alchimie, cette étincelle qui naît des limbes et rapprochent deux âmes à vouloir les fusionner. Même si la réaction est parfois explosive, parfois endothermique, c’est bien de fusion qu’il s’agit, comme deux moitiés d’orange qui perdent leur saveur à se retrouver éloignées l’une de l’autre ?
    Ca n’arrive pas à tous le monde et le jour où le miracle se produit, on remercie le ciel de faire partie des Elus.
    Depuis la fusion des premiers atomes, la naissance des premières étoiles, l’agrégation des galaxies, je souhaite à toutes les créatures vivantes de connaître cette magie qui fait tourner le monde.
  2. Bonjour, je suis obligée de laisser un commentaire à la lecture de ce texte tellement je sais de quel cris tu parles ! Tes textes sont magnifiques à la fois drôles, justes et touchants. Bravo !
    Béatrice
    1. Béatrice j’ai lu avec beaucoup d’émotion ton commentaire. « Drôles justes et touchants », cette lectrice a marqué « Drôles justes et touchants », ai-je dit à ma fille qui passait par là. Merci, ce genre d’encouragement me donne des ailes pour plusieurs articles à venir. Et heureuse si tu t’es reconnue dans ce cri. Si tu t’es sentie entendue et moins seule dans cette expérience. ♥
  3. Et tu sais quoi, Flo ?
    Cette Béatrice lectrice n’est autre que ma meilleure amie à qui j’ai vanter tes talents.
    Je crois à la communauté d’âmes et d’esprits. J’ose penser qu’elle, toi, moi et ceux qui te lisent régulièrement font partie de cette même communauté. Merci à toi de nous rassembler et de nous faire vibrer de tes mots.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *