Orphelibre

Je ne me suis jamais adressée à toi aussi intimement que je m’apprête à le faire. Tu es de plus en plus nombreux, ça m’impressionne un peu. Je prends une grande inspiration tu veux bien ?

 

Ok

Je vais te demander de t’imaginer petit enfant au pied du sapin de Noël. Dans quelques jours les rennes magiques vont exaucer certains de tes souhaits mais tu en as un qui te tient particulièrement à cœur cette année. Alors tu profites d’un moment seul, tranquille dans le salon, tu te mets à genoux au milieu des aiguilles. La pièce est plongée dans le noir, à l’exception des guirlandes qui scintillent au rythme des lumières. Ça sent bon. Tu fermes très très fort les yeux à t’en faire mal, tu serres tes p’tits poings et tu penses à ton vœu le plus cher en stoppant presque ta respiration. Tu y es ?

 

Tu sais ce qu’on dit, ne partage ton vœu avec personne sinon il ne se réalisera pas !

 

Aujourd’hui je vais enfreindre cette règle et te dire quel a été mon voeu le plus cher, chaque Noël depuis que je suis en âge de le formuler. Je peux le faire aujourd’hui, parce que j’ai enfin admis qu’il ne se réaliserait pas. Le voici :

Père-noël, fais-en sorte que papa et maman m’aiment, me cajolent et arrêtent de me blesser.

Je sais, je brise le plus grand des tabous en te confiant ce vœu inexaucé. Le prêtre, l’ami, le frère, le livre, le film, la chanson, le voisin, tous te parleront de cet amour inconditionnel que chaque enfant reçoit à la naissance, de ce grand respect que tu auras à tout jamais pour ta famille attentionnée et tes géniteurs en particulier. Pourtant cet amour n’est pas loi. Ce qui est loi en effet, c’est que tous les enfants, quel que soit leur héritage, aimeront leurs parents à plein poumons. Parfois cependant, ils se contentent une vie entière de crier à plein poumons ce besoin d’amour sans le recevoir.

Je ne suis pas venue faire pleurer dans les chaumières. Pas de victime plaintive dans cet article.

 

Tout d’abord je te partage cette expérience de vie parce que je sais que certains lecteurs ont la même histoire, et que ça leur fera du bien de ne pas se sentir seuls. C’est essence-ciel.

Ensuite je suis venue te dire que cette année je ne vais pas déposer mon vœu au pied du sapin. Non pas du tout. Je vais faire mieux que cela. Je vais aller moi-même chercher MON cadeau. Parce que le père-noël est débordé, tout le monde le sait. Et que j’ai bien l’intention de me faire un cadeau sur mesure.

Pendant toutes ces années je me suis coupée de moi-même vois-tu. Oh j’ai réalisé de grandes choses dont je suis fière et je n’en finis pas d’ascensionner, avec toi pour témoin privilégié. Mais c’est un peu comme rouler en Ferrari avec le frein à main enclenché quoi. Ça patine !

A chaque geste de désamour, chaque message assassin, chaque silence grandiloquent, chaque soupir pervers, chaque absence infinie, chaque vide vertigineux, je chute. Je ne ressens dans ces moments là plus rien. Plus aucune intuition, plus aucune présence à moi-même, plus aucune attention à mes enfants, plus rien.

Je me regarde ainsi me consumer depuis 39 ans. 39 ans c’est l’âge auquel j’ai décidé de dire STOP. Avec la naïveté de l’enfant qui pense pouvoir alors tout tenter, de dernier recours en espoir désespéré, d’action inutile en chagrin dévastateur.

Demain, 43 ans. Ben oui vois-tu, je suis née juste après le solstice d’hiver. Pas le jour de l’hiver comme on me l’a laissé entendre. Non, le premier jour de l’année où la lumière commence à croître à nouveau. Le 22 décembre.

Je m’appelle Florence, je suis née avec le même bagage que tous les enfants, que toutes les petites filles en particulier. Gentille, jolie, très gaie, joyeuse. J’ai bien étudié à l’école, j’ai bien écrit tous les poèmes pour la fête des mères et j’ai bien fait tout comme on me disait. J’ai gardé pour moi les nuits de cauchemars répétés, encore et encore, et les réveils en sueur à me demander pourquoi maman avait ce drôle de visage déformé par la haine en se tournant vers moi. Que de culpabilité d’enfant !

 

Voici donc le cadeau que je me fais aujourd’hui :

 

Je pardonne à ceux qui n’ont pas su faire mieux, perclus dans des souffrances si profondes qu’elles conduisent à une forme d’amour déviant.

Je me pardonne de n’avoir pas su me défendre, de n’avoir pas protégé plus tôt la gentille et précieuse petite fille, ni la jeune fille, ni la femme.

Je me pardonne pour tous ces comportements borderline qui m’ont menée si souvent au bord du gouffre.

Je m’autorise à distendre ce lien érigé en dogme par ceux qui ne savent pas.

Surtout surtout, je décide de me respecter enfin. S’oublier à ce point n’est plus tolérable, je ne suis pas responsable de mon passé mais je suis responsable à 100% de ce que je fais pour moi aujourd’hui. Et aujourd’hui, je me donne de l’amour.

 

Oui je vais réapprendre à vivre sans la peur logée au creux du ventre, du dénigrement, des faux semblants, des représailles, de la manipulation psychologique.

Je vais pouvoir m’aimer et entendre enfin l’amour des autres, considéré comme illégitime jusqu’alors. Il est immense cet amour, j’en reçois de partout et qu’on me pardonne, je ne pouvais l’absorber.

 

Epilogue :

 

Hier pour la première fois, alors que j’étais seule à table avec ma fille aînée, en tête à tête, je l’ai écoutée longuement (très longuement) s’exprimer. Je n’étais pas ailleurs, je n’étais pas en train de faire bonne figure alors que brûlante de douleur à l’intérieur comme souvent. Je l’écoutais VRAIMENT, pleinement. Cette révélation m’a procuré une joie et un soulagement si intenses ! Elle avait une maman adulte en face d’elle, pas une maman enfant ! Une maman libre !

Pour mon anniversaire demain je suis allée acheter de quoi faire mon plat préféré, des tickets à gratter et je m’apprête à réceptionner l’objet de toutes les convoitises, mon four Raku. Raku ça signifie JOIE en japonais. C’est comme si l’univers m’y autorisait enfin, en même temps qu’il me rend, en guise de félicitations, le pouvoir du feu, celui que je sais posséder sans pouvoir en user jusqu’à maintenant.

Et ce n’est pas tout, pour la première fois de ma vie nous partons tous les quatre pour Noël, dans une maison qu’on nous prête gracieusement, avec, comme dans mes rêves les plus fous, un poêle à bois et les montagnes en face. Il y aura un sapin et un chat, un petit marché et le soleil. Je poserai auprès de ce sapin des cadeaux pour faire briller les yeux de tous. Et cette fois je ne demanderai rien au père-noël. Pas de prière de petite fille. Juste une femme à présent orphelibre et fière de son courage.

 

Gratitude pour ce chemin rocailleux sans doute nécessaire, puisque tout est parfait.

Les affamés d’amour ont peu de racines alors ils élancent leurs branches plus haut que les autres pour cueillir les étoiles.

 

 

 

17 commentaires sur “Orphelibre

  1. Ouahhh. Merci de tes mots, merci de ton partage. Je comprends en suivant ton blog pourquoi certains qui suivent le mien disent que mes mots leur font du bien. C’est égoïste mais je découvre avec toi l’utilité que l’on peut avoir, que notre blog a.
  2. « Les affamés d’amour ont peu de racines alors ils élancent leurs branches plus haut que les autres pour cueillir les étoiles. »
    Wouah!! Touchée en plein cœur. Tout mon amour pour ton anniversaire belle Flo, et bien au delà !! <3 <3
  3. alléluia !!! bien venu à toi belle femme, super maman, être de joie et de bonté !!!
    merci pour celle et ceux qui traversent ce que tu as très bien décris, c’est un message d’espoir et d’amour sans pareil !!!
    et, BRAVO !!!!!!!
    je t’embrasse ma frangine ! (:
  4. Super waouuu et miaouu pour cet article où je crois bien que le papa Noël a fait bien plus que exaucer ton souhait d enfant, il te rend heureuse de vivre libre entourée de tes amours <3
    Très joyeux Noël mon amie Flo qui rayonne plus d année en année:)
    PS: je me suis aussi offert un soin de guérison avec les pardons. Merci la vie <3
    Love
    1. Tu as sans doute raison, peut-être que la liberté vaut plus encore. Il me fallait, pour être capable de surmonter cela, la capacité de trouver en moi tout le reste. C’est arrivé en m’ouvrant à la création. 2018 sera l’année de ma venue au monde.
      Heureuse pour ton soin, j’ai pensé à toi aujourd’hui en passant à côté d’une cliente en quête de fleurs de Bach…
  5.  » A chaque geste de désamour, chaque message assassin, chaque silence grandiloquent, chaque soupir pervers, chaque absence infinie, chaque vide vertigineux, je chute. Je ne ressens dans ces moments là plus rien. Plus aucune intuition, plus aucune présence à moi-même, plus aucune attention à mes enfants, plus rien.  » J’aimerai bien développer ça
  6. Vole vers les étendues infinies. Accomplis désormais la mission qui t’est assignée. Tu n’attends que ça. Le monde a besoin d’ames comme la tienne. Ta destinee est toute tracée. Ne la refuse plus. Laisse toi pénétrer par ce courant éternel et ininterrompu et régénère le pour la joie de tous. Il est temps, grand temps. Maintenant que t’escorte chaînes sont brisées, plus aucune entrave ne te retiens. Je te regarde déployer tes ailes majestueuses. Quelle envergure. Quel panache. Ce n’est pas un phénix, tu ne t’es jamais consumée. Ce n’est pas un colibri même s’il fait toujours sa part. Ce n’est pas un cygne, il est trop tôt pour chanter la fin. C’est un oiseau rare, presque mythologique. Il m’arrive de le croiser dans mes rêves. Toujours bienveillant. Il me laisse à chaque réveil le sentiment de paix et d’amour. J’aime cet oiseau. Je l’aime et je lui offrirai le plus beau nid sur les plus haute sphère cimes pour qu’il puisse embrasser l’horizon, pour l’aider à s’envoler. Cet oiseau est un symbole, une allégorie pour toutes celles et ceux qui ont besoin de l’essentiel, une âme sœur.

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