Le jour sans fin

Pour comprendre de quoi je cause, lire ceci est conseillé.

 

Jour 1 : vendredi 9 septembre

Bourrée de bonnes intentions je suis.

Mon bracelet n’est ni pratique ni discret mais brille de mille feux.

Je suis enthousiaste et motivée.

Parce que je me crois plus maligne que tout le monde, je vais te le terminer en moins de deux ce challenge des 21 jours sans râler.

D’ailleurs ma première journée est un succès.

Une zénitude affichée à faire pâlir le Dalaï Lama.

bracelet-challenge

 

Jour 2 : samedi 10 septembre

Le jour où on se rend compte que c’était facile parce qu’on était seule. Je suis crevée, rien ne déroule comme il se doit, j’enchaîne les tâches diverses et variées et les contre-temps et mon mari ne comprend rien à rien. C’est de sa faute, je recommence le challenge à zéro (ne viens pas me contrarier, c’est forcément de sa faute)

 

Jour 3 : dimanche 11 septembre

Un ami m’a bousillé le parquet de la salle de bain, je commence la journée en gueulant, je m’ouvre une ampoule à force de taper avec un marteau, je beugle de plus belle. Le monde va mal, très mal. Ma plus jeune fille est à passer par la fenêtre, ce challenge est un carnage. J’ai plus râlé en une journée qu’en quarante ans.

 

Jour 4 : lundi 12 septembre

C’est un peu le jour sans fin, tu recommences tous les jours à zéro et tu tombes sur les mêmes embûches. Tu retiens deux trois astuces pour les éviter, sauf qu’il en pleut sans cesse de nouvelles. My god, qu’est-ce qu’il y a comme raisons de râler tout de même. Je retrouve tout de même un peu de calme, on est lundi, je suis seule.

Alors c’est donc cela, je ne supporte pas les autres en fait. Flûte, suis mal barrée.

 

Jour 5 : mardi 13 septembre

Là je suis pas trop mauvaise. Très peu de râleries et pourtant j’ai risqué ma vie sous une tempête mémorable suivie d’une bonne averse de grêle, des trombes d’eau m’ont trempée jusqu’à l’os, un arbre s’est abattu juste devant ma voiture, j’ai dû reculer dans le noir sur un chemin de campagne avec les essuies glace à plein régime et ma robe collée à la peau et j’ai marché dans quinze cm de flotte, tout ça pour aller « sauver » ma fille des intempéries à la sortie de son premier cours d’escrime. Sachant que j’ai mis trois plombes pour me garer à l’aller, que la grande avait rapporté une tonne de devoirs du collège et que j’étais seule à gérer dix trucs à la seconde.

Je crois que l’univers me met à l’épreuve, moins je veux râler, plus il me balance d’épreuves à surmonter.

 

Jour 6 : mercredi 14 septembre

Je commence à douter de mes capacités à ne pas râler.

Aujourd’hui c’est rdv à la banque, le genre d’activité que je surkiffe. La dame débite à toute vitesse, je pige que dalle mais j’opine du chef. Je vais pas m’énerver sur un obscur échéancier. Bravo.

Je progresse aussi en zénitude quand un verre se brise, quand mes filles me font répéter cent fois la même consigne, quand mon mari fait un truc foireux … mais je fulmine lorsqu’on ne RESPECTE pas mon temps d’activité perso.

Ça y est j’ai relevé un point crucial : j’ai besoin de silence. Me voilà bien avancée. Comment on garde son calme au milieu du joyeux bordel familial ?

 

Jour 7 : jeudi 15 septembre

Ne pas râler. Ne pas râler. Pas encore gagné aujourd’hui.

Un rdv médical avec un médecin qui me fait boire trois litres d’eau pour rien, une heure de retard et il m’ausculte comme un robot. S’en suivent deux réunions qui se termineront à 19h15. Donc speed en rentrant, donc danger !

Ok, privilégier le silence et faire les choses lentement.

Et là je me dis qu’en plus je ne travaille pas.

Enfin ne travaille pas … s’entend ne ramène pas d’argent à la maison, mais n’abordons pas ce sujet,  je vais me fâcher (et merde).

 

Jour 8 : vendredi 16 septembre

  • Un rdv reporté : pas de râlerie
  • Un ami qui ne décroche pas : pas de râlerie
  • Troisième séance de courses de la semaine : pas de râlerie
  • Un nouveau médoc qui me détraque : pas de râlerie
  • Prise de 2 kg : pas de râlerie
  • Crise de la petite : pas de râlerie
  • Mon mec qui chouine parce que je m’absente le samedi : pas de râlerie
  • Mes cheveux qui tombent par poignées : pas de râlerie

18h00 : je n’arrive pas à avoir un moment pour finir d’écrire une nouvelle, ma fille hurle de plus belle et je suis exténuée : RALERIE !

Perdu.

 

Jour 9 : samedi 17 septembre

Journée expériences chamaniques (oui oui je te raconterai).

Quelques râleries vers midi à cause d’un manque d’organisation du festival.

Je ne vais pas réussir à remporter ce fichu challenge, ne serait-ce que deux jours d’affilée. Je demande de l’aide aux esprits de la Terre, je demande de l’aide aux esprits de la Terre, help !

 

Jour 10 : dimanche 18 septembre

Contre coup de ma journée avec les esprits de la forêt, je comate. Ça a du bon, je me traîne comme un zombie, mais je râle pas, même quand je me plante sur le jour d’anniversaire du petit copain de ma fille et que j’ai passé une plombe à lui friser les cheveux pour rien.

Je me sens même hyper inspirée pour terminer ma nouvelle que ma super méga bonne copine Charlotte m’a conseillé d’écrire. Gratitude.

 

Jour 11 : lundi 19 septembre

Le jour 11 est un jour 2, youpi !!

Oui mais … j’ai un rdv au collège et un rdv médical, tout cela me gave (oui je vis à Bordeaux j’ai parfaitement intégré le dialecte local).

Quand chéri chéri rentre du boulot, craquage. Retour à la case départ.

 

Jour 12 : mardi 20 septembre

Le jour 12 est un jour 1, mais je commence à m’y faire. Tout se passe bien. Jusqu’à ce que mon mari rate la sortie du collège de ma fille … et que j’enchaîne par une soirée avec des devoirs de physique-chimie.

 

Jour 13 : mercredi 21 septembre

Tout le monde m’em……,  je râle à intervalle régulier.

Si je veux vivre de ma plume, j’ai une belle carrière à la Houellebecq qui se dessine : Je me découvre misanthrope, solitaire et avec ce challenge, dépressive.

 

Jour 14 : jeudi 22 septembre

Nous y voilà, c’est aujourd’hui et je n’ai pas râlé jusqu’à 17h40, moment où je me suis aperçue que j’avais oublié mon rdv de 17h …

Et moment où je voulais écrire tranquille, ce qui était impossible, puisque je découvre une loi de la physique quantique, plus t’as besoin de calme, moins t’en auras.

Pourtant je n’ai pas râlé lorsque ma fille a aspergé le rideau de la salle de bain d’huile pailletée ce matin, ou encore lorsqu’elle a cassé son deuxième verre en deux jours.

Seulement y’a pas, la promiscuité et le bruit me mettent les nerfs en pelote.

Décision : installer un bureau au milieu de la salle de jeux des filles et m’y enfermer à double tour. Je fais ça demain !!!

 

En attendant j’en suis toujours au jour 1 et ce qui me fait le plus râler ? C’est que mon mec réussit le challenge les doigts dans le nez depuis 15 ans. Ça m’énerve grave !!!

 

PS : Je deviens vulgaire avec ce challenge non ?

 

 A suivre …

13 commentaires sur “Le jour sans fin

  1. Merci Merci Florence, j’adore ta plume… C’est déjà beau de le commencer ce challenge, mais alors de le recommencer depuis 15 jours c’est GRANDDDDD !!! Je suis de tout cœur avec toi. J’attends la suite. Bisous <3
  2. Je t’envoie un grand sourire de soutien.
    Moi j’ai appris un truc: faire une chose à la fois, et une seule, pour être moins stressée. Ça m’aide …un peu , quand les sollicitations extérieures ne me submergent pas (c’est partout pareil, hein ?)
    Les québécois disent: on y va « tranquillement pas vite  » . Je pense que la question du rythme compte bcp.
    Mais comme toi je ressens aussi le besoin de silence et je ne supporte pas bien les intrusions. Y a du boulot ! Gros bisou ma Flo.
    1. Tranquillement pas vite
      Ah j’adore les québécois !
      Merci Estelle, je vais y arriver car je suis convaincue des bienfaits de ce reconditionnement. Ça vaut le coup de s’accrocher. Gros bisous
  3. Courage, courage Florence !!! Courage …et patience ! 6 années pleines à faire et refaire ce challenge et pour le moment le plus longtemps que j’ai tenu c’est 2 jours d’affilée (et sur un des deux jours j’étais seule une grande partie de la journée :-)!) Tu crois que ça existe des patch anti râlerie ?! Allez demain je m’y remets 😉
    1. Si tu les vends je t’achète le stock ! J’arrive en fin de deuxième journée sans râler je croise les doigts avant de me mettre au lit… Peut-être un J3 demain… Punaise 6 ans, respect !!!!! Allez demain zou bien(re)venue dans l’aventure avec moi. Bisous An
  4. Bonjour Florence,
    Je comprends que ton aventure soit difficile et je compatis sincèrement à cette souffrance. C’est toujours difficile de se concentrer sur l’essentiel quand le superflu vous accapare. De mon côté, j’ai cherché de par le monde comment lutter contre les injustices, comment ne pas s’insurger. Avec comme seule arme un vulgaire objectif photo, j’ai le sentiment savoir comme toi, recommencé éternellement le jour 1 de la dénonciation. Et puis, las, j’ai changé d’angle, comme disent les professionnels, j’ai arrêté de courir après un but inaccessible. Et les choses ont commencé à changé, doucement, très doucement. C’est lorsque je me suis retrouvé au coeur d’un tourbillon inextricable que j’ai senti poindre le vrai changement. Alors dans ton défi, n’ai pas peur de perdre cent fois, l’acharnement n’est pas toujours la solution. Lâche prise, engouffre toi là où tu n’es jamais allée. Ton mari sera là pour te soutenir, pour te suivre. Ce défi n’aboutira que parce qu’il doit aboutir. Je te laisse découvrir la fin de mon histoire. On n’arrive pas forcément là où on voulait se rendre, mais c’est mieux ainsi.
    Courage.
    1. Oh tu peux partager, je crois que niveau confidentialité, un blog c’est pas très discret de toute façon … Merci beaucoup pour ton enthousiasme et pour la peine je te donne un scoop. J’en étais à 6 jours ce matin et .. J’ai râlé vers 11:00. Snif !!!
  5. Bonjour bonjour,
    C’est vraiment génial la manière dont tu racontes tes épreuves. On s’y croirait. Et en plus c’est motivant. Mais on veut la suite, 2 mois ça fait lllloooonnnngggg. Pour ma part j’ai acheté le livre j’arrête de râler mais sur mon conjoint et mes enfants. Il est top. J’avais essayé le challenge mais vite abandonnée. Et la je lis le j’arrête de râler, tt simple. Car j m dois de changer pour moi et ma famille. J’attends avec impatience la suite de tes aventures qui je l’espère fera passer le cap
    Soraya
    1. Bonjour Soraya et merci de me remotiver, grâce à toi j’ai remis mon bracelet ce matin. Je n’ai pas abandonné mais je vivais le challenge de manière disons… moins rigoureuse… J’essaie de raconter les deux derniers mois de défi prochainement ! Je garde espoir d’y arriver oui oui oui !

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