Diplôme et …

Je dois te dire une chose avant de commencer ce billet : j’ai dû jeter un œil sur la date de mon début de défi, je ne m’en souvenais plus. (Quel défi ? Le défi qui consiste à passer 21 jours sans râler. Tu trouveras ici le pourquoi de cette aventure et par le récit de mes errances.)

Première surprise, je ne me pensais pas avoir commencé il y a si longtemps. Le 9 septembre !!! J’étais convaincue d’avoir démarré mi-octobre ! Quoiqu’il en soit, c’est officiel, je VIENS DE REMPORTER MON DEFI et je ne suis pas peu fière de te l’annoncer. Aujourd’hui lundi 19 janvier je suis diplômée en non râlage, si si si !!! Trois mois et dix jours, youplaboum !

Comment ça s’est passé pour moi ?

Clairement, j’ai longtemps cru que c’était impossible tant je trébuchais. Recommencer son défi à zéro quand tu affiches déjà six jours au compteur, ça provoque immanquablement une envie de râler, qui de fait, te désespère un peu plus.

Au bout d’un certain nombre de semaines j’ai cessé de porter mon joli bracelet en oubliant presque que je m’étais lancé ce défi. Mais pendant ce temps de pause, quelque chose au fond de moi continuait l’aventure. Quelque chose en moi avait goûté la paix et souhaitait y revenir.

Alors il y a trois semaines j’ai remis le couvert. Courant novembre le salon des arts de mon village ouvrait ses portes et une vendeuse me bradait dix euros un bracelet tout en volutesbracelet-volute, une forme que j’affectionne particulièrement. J’y ai vu un signe.  Un bracelet en aluminium plastifié à chaud qu’on peut triturer dans tous les sens. Il m’a plu, je l’ai regardé droit dans les yeux et je lui ai dit : avec toi je remporte ce défi haut la main.

Et c’est vrai, il m’a accompagné dans cette entreprise périlleuse. Alors qu’est-ce qui a changé entre mes premières tentatives et la dernière, celle de la victoire ? Quelle est la clef du succès ? Suis-je devenue grand maître zen courant décembre ? Est-ce que ma vie est devenue si parfaite que je n’avais plus aucune raison de râler ? Ai-je vécu trois semaines dans une grotte ?

Rien de tout cela tu t’en doutes. Je dirais, de mon expérience personnelle, que j’ai appuyé sur deux boutons à la fois :

Le premier bouton, c’est celui de la prise de recul sur soi. De manière quasi-automatique, en quelques semaines je me suis comme « détachée » de mon corps, m’observant en train de pester comme une diablesse. Plus le temps passait, plus je m’apercevais que 80% des situations ne nécessitaient pas de râler, que cinq minutes après je me sentais ridicule. Je râlais par habitude, par facilité, par réflexe ou parce que j’avais vraiment cru toutes ces années que ça « défoulait ». Or je réalisais à chaque mise à distance que je ne me sentais pas bien du tout juste après, le pseudo soulagement ne durait pas plus d’une minute pour combien de ruminations ultérieures, d’excuses à présenter à un tiers et aucun changement notable ! Non non le verre cassé ne se reconstituait pas, la pile de pulls qui s’écroule ne rentrait pas sagement dans l’armoire façon Mary Poppins, la vieille dame devant moi ne conduisait pas plus vite, la pluie continuait de tomber, il fallait quand même faire les courses ou se lever le matin. Sans fin. Cela valait-il vraiment la peine de poursuivre ? Ces raisons de râler étaient elles VRAIMENT de bonnes raisons de râler ?

J’ai changé d’attitude, à l’extérieur surtout,  en cessant systématiquement de me laisser embarquer dans une râlerie.

« Oui Madame il pleut, mon jardin est rudement content il en avait besoin, et qu’est ce que c’est bon de boire sa tisane sous un plaid en écoutant l’eau tomber à l’extérieur. »

« Oui c’est vrai c’est bouleversant tous ces morts, ça vaut vraiment le coup de profiter des siens tant qu’ils sont vivants vous avez raison. »

« Oui la queue est interminable mais je suis bien contente d’avoir pu faire votre connaissance. »

Je me suis amusée à détourner toutes les situations et pour crédibiliser mon discours, un sourire me venait alors naturellement aux lèvres, effet magique sur moi immédiat. Par ailleurs j’ai commencé à attirer des gens positifs autour de moi, cercle vertueux en marche. Je n’intéressais plus les râleurs !

Les 20% restants je ne voyais pas bien comment les contourner, parce qu’il s’agit réellement de situations qui méritent en apparence un bon coup de gueule. Ce sont toutes ces petites choses qui irritent de manière récurrente. Ce truc que ton mec te dit tout le temps, cette chose que ton enfant fait à chaque fois, cette réaction qui mène toujours à une impasse. Je tournais en rond. J’en avais même conclu en milieu de parcours que je devrais vivre seule pour ne pas avoir à râler, que visiblement c’était l’AUTRE qui m’énervait. Le fameux l’enfer c’est les autres.

Pour ces 20% il m’a fallu apprendre à actionner un deuxième bouton plus délicat, mais Ô combien prometteur pour le reste de ma vie. C’est le bouton du pouvoir personnel. Une fois constaté que les mêmes causes produisent systématiquement les mêmes effets, ne puis-je devenir 100% responsable de ma vie, être créative et, seule ou avec l’autre, adopter d’autres stratégies ?

La vie est bien faite, je n’aurais sans doute pas songé à la notion de stratégie sans une formation en CNV (communication non violente) suivie l’an dernier. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise stratégie y apprend-on, seulement une stratégie qui peut nous convenir un certain temps. Peut-être que jusqu’à maintenant je trouvais ça confortable de râler, que c’était la seule stratégie que je connaissais. Une fois listés tous les inconvénients (montée en tension, colère, énervement, gaspillage d’énergie, fâcheries, honte, impuissance, etc.) et les quelques avantages (se défouler, engager la conversation avec les -nombreux- autres râleurs, exprimer son mécontentement, etc.) je me suis aperçue que je donnais le pouvoir aux autres, aux situations, aux objets. Oui je me suis aperçue que j’étais littéralement à leur merci puisque j’avais beau commencer la journée du bon pied, en un rien de temps une parole, un acte, un objet sur ma route, n’importe quoi me faisait râler. Et je commençais à trouver, pour la première fois, cet état fort désagréable. Et aussi lorsque je sortais je n’entendais plus que cela, les gens qui râlent. Insupportable.

J’ai décidé plus ou moins consciemment d’agir plutôt que réagir. A chaque situation potentiellement explosive, je change maintenant les données de l’équation en ma faveur :

-Je passe un temps fou à chercher un truc dans mon garage envahi d’objets, ce qui me met en pétard ? Je fais un rangement radical, presque je dormirais dedans après tellement mes boîtes sont pratiques avec leurs étiquettes.

-Je déteste me laisser entraîner dans des justifications interminables sur mes habitudes végétariennes au cours des soirées ? J’invente une phrase drôle qui met fin à ces séances qui tournent généralement très vite au tribunal d’assise.

-J’identifie que mon mari réagit toujours mal au même stimulus ? Plutôt que de râler à deux, lui parce que quelque chose passe mal et moi parce que je ne comprends pas ce qui le met dans cet état là, nous en discutons, j’essaie de le questionner ou de l’observer pour que la situation ne se présente plus.

-Je râle sur mon enfant pour les mêmes sujets chaque semaine ? Quelle est la cause, comment casser les habitudes avec lui pour ne plus subir ?

-Etc.

En fin de défi j’ai même trouvé une astuce pour ne pas craquer face aux situations pas encore identifiées. Un soir je sentais la colère monter et je savais, forte de mon expérience, que tout s’aggraverait si j’ouvrais la bouche. Je ne pouvais pas non plus choisir la fuite car nous étions tous les quatre autour de la table pour le souper. J’ai joué les muettes. Ça aurait pu virer au truc genre « ma femme ne râle pas mais elle boude », or j’ai continué à faire la muette lorsque mes filles se sont adressées à moi. Résultat, elles cherchaient à comprendre pourquoi je ne parlais plus et pendant qu’elles me questionnaient je gardais le silence, et je reprenais le contrôle de moi-même. Et il fut plus agréable d’en discuter avec mon mari ensuite, en tout cas plus facile, que si j’étais monté direct au créneau.

Ce deuxième bouton m’a beaucoup séduite, je devenais maîtresse de ma vie en même temps que j’étais plus positive, détendue, optimiste, calme. Et, là où naît l’action, la douleur, la gêne, souvent disparaissent.

Que fait-on pour qu’un enfant se concentre moins sur son bobo ? On lui demande de tenir le pansement. Il devient acteur de son soin, non plus victime. Quel est le moment le plus difficile dans un accouchement ? Pas l’expulsion, pourtant si prodigieusement intense en douleur, mais bien les contractions, pendant lesquelles bien souvent on se sent impuissante, en situation de subir.

Ce défi, tu l’auras compris, a réveillé en moi mon potentiel créatif et ma responsabilisation, tout en me procurant les bienfaits physiologiques et relationnels vantés par Christine Lewicky dans son livre.

Tu commences quand TOUA ?

PS : Aujourd’hui c’est mon premier jour sans bracelet, un nouveau concept !

 

 

6 commentaires sur “Diplôme et …

  1. whaouuu, champagne, Florence !
    J’en profite pour te dire (ou te redire peut-être bien) que même si je suis silencieuse, je lis tous tes articles, avec toujours le même plaisir, j’aime ta façon d’écrire, de penser, de te remettre en question, d’analyser, d’agir, ton petit grain de folie, enfin bref, j’aimerais te côtoyer en vrai quoi 😉 Je te souhaite un très bon anniversaire, de joyeuses fêtes et je te fais de gros bisous.
    1. Merci Beaucoup Nat, ça me fait très chaud au coeur. Et tu as bien tort de rester silencieuse parce que ça fait rudement du bien de te lire, foi de Florence ! Joyeuses fêtes à toi aussi. (Et partant pour le bug informatique qui empêche les lecteurs de recevoir systématiquement une réponse à leur commentaire, que je ne manque jamais de faire, pas encore pu résoudre ce dysfonctionnement).
  2. En premier un très heureux anniversaire, à toi qui est née le jour où le temps d’ensoleillement allonge pour nous promettre le printemps. Si c’est pas un signe, ça…
    Ensuite, eh bien moi qui ne porte jamais de bijoux, je viens de décider de m’offrir un bracelet pour Noël ! Merci Flo pour tous tes mots énergisants et ton sourire contagieuxJe t’embrasse avec mes deux bras qui te serrent !
  3. Manifestement les Nathalie sont silencieuses mais lectrices ! Merci pour ces jolis rendez-vous hebdomadaires.
    Et chapeau bas ! Très impressionnée ! Je vais en prendre de la graine comme dirait ma grand-mère Elise du haut des ses 94 ans.
    Je ne l’ai jamais vue râle d’ailleurs ! Elle est née le 21 juin elle….
    Je te souhaite un très joyeux anniversaire et de joyeuses fêtes. Bisoussssss

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