Au commencement

Deux mois sans t’écrire. Je t’ai manqué ? Pardonne-moi cette absence prolongée. C’est que je reviens avec une GRANDE nouvelle. Et ne fais pas la tête, tu m’as manqué aussi.

Alors alors, cette grande nouvelle ? Tu es bien assis j’espère. Je te raconte.

J’étais là, posée dans mon atelier. Je sculptais avec enthousiasme, après une dizaine de jours sans pouvoir me consacrer à l’argile. Double délectation puisque je savourais aussi ma première après-midi seule au calme depuis une éteeeeeernité. Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, cette semaine-là se déroule le 6ème sommet de la conscience. Coordonné par Ana Sandrea, cette Vénézuélienne qui a décidé d’élever les vibrations de l’humanité chaque année pendant dix jours. Et ce jour-là c’est la conférence de ce cher Marc Vella.

Donc je sculpte, donc j’écoute, enceintes sur l’établi, format plein écran. Je connais son discours, je connais ses livres, je connais un peu l’homme, je ne m’attends pas à une découverte, plus à un rendez-vous avec un vieil ami dont on partage les élans de vie. Je m’émerveille pourtant de ses mots, de sa verve, de son enthousiasme, de sa foi en l’humanité.

Et pourtant ce poids sur l’estomac. Rien de nouveau, ce poids je me le trimballe depuis la duplication de mes premières cellules, sans doute même avant. Je soupire. Si lourde. Quelle énergie dépensée pour avancer avec cette enclume posée sur l’estomac.

Je songe à cette blague absurde qui me faisait tant rire enfant. Tu la connais ?

C’est l’histoire d’un homme qui avance dans le désert avec un autre, portant une enclume dans ses bras. Son ami lui demande pourquoi il s’impose de porter un tel poids. Réponse : « Comme ça si un lion se lance à ma poursuite je lâcherai l’enclume et je pourrai courir plus vite. »

Je soupire à nouveau et lance la deuxième vidéo. Je ne connais pas la conférencière mais le titre attise ma curiosité : « Sortir de ses conditionnements pour vivre libre et épanoui. »

Un ébauchoir à la main, un verre de Perrier, je clique. Bénédicte Ann elle s’appelle. Une ancienne psychanalyste très punchy évoquant les blessures émotionnelles de l’enfance, les choix qui en découlent et … comment en sortir. Pas de pathos, pas de fatalité, pas de discours new age culpabilisant sur l’amour de son prochain, la responsabilisation ni la victimisation. Des faits, des constats, des conseils directs et fichtre, le temps s’arrête.

Que se passe t-il donc ? Je ne sais plus ce que je ressens soudain. Je me rappelle le grand principe énoncé lors d’une formation en communication non violente. Lequel ? Pas d’écoute possible chez un être humain tant qu’il ne se sent pas entendu.

Ben voilà, c’est ce qui vient d’arriver. Cette femme a dit précisément les mots que j’avais besoin d’entendre et tout en moi s’est relâché d’un coup.

Ce miracle, j’ai fait tant et tant pour qu’il se produise. Et maintenant qu’il est là je peine à y croire. Quelqu’un m’a entendue et m’a autorisée à me libérer.

Je m’envole vers l’école chercher mon enfant. Une étrange impression de flotter au dessus du sol. Trois heures environ passent ainsi. Je raisonne : Ce n’est qu’un état de soulagement provisoire, ça ne va pas durer.

De fait, le téléphone sonne. Un horrible coup de fil. A l’autre bout un individu que personne ne souhaiterait croiser sur son chemin. Je ne l’ai pas entendu depuis trois ans. Je ne le reconnais pas. Puis je le reconnais. Puis je lâche le téléphone, incapable de penser, d’être autre chose que l’incarnation de la terreur. Je ne vais pas t’en parler.

Cet état dure dix minutes. Dix minutes seulement avant de me ressaisir.

 

Je me souviens soudain que je viens de déposer l’enclume sur le sable. Que je n’ai pas besoin d’attendre l’apparition d’un lion pour alléger mon pas. Qu’il n’y a pas même de lion vivant dans le désert. Seulement sa silhouette au détour d’un mirage.

Alors c’est donc vrai ? Le miracle a vraiment eu lieu ? Plus rien ne peut m’atteindre ? Il suffisait de cela, être entendue ?

Oui, c’est cela, rien que cela.

Mes oreilles s’ouvrent. Chuuuttt, ne fais pas de bruit, c’est le commencement d’un murmure au loin. Je n’entends pas encore tous les instruments mais en me concentrant je perçois le battement de mon cœur. Il se cale sur celui du tambour.

T’ai-je dit qu’une semaine avant cet événement je suis allée confectionner mon tambour ?

C’est le jour du printemps, la veille de l’anniversaire de ma mère aussi. C’est je le sais un symbole sacré de résurrection, celui d’une porte qu’on franchit, celui de la transformation. Neuf mois environ que ce rendez-vous est reporté.

Pour ce passage j’ai choisi une peau de bison. Sur cette peau l’empreinte des vertèbres de l’animal. Il m’offre sa colonne vertébrale. Je pressens qu’il s’agit d’un don inestimable. Une mère est là avec sa fille. Elles partagent ce que je ne partagerai jamais avec la mienne. Sans rien savoir de tout cela, la maman me serre chaleureusement dans ses bras en plongeant ses yeux dans les miens. Elle s’appelle Bénédicte, encore. Je tresse mon tambour, je tends la peau avec l’aide d’une autre participante. Je ne le remarque pas tout de suite mais … elle s’appelle Bénédicte aussi !

D’où sortent toutes ces Bénédicte ?

 

 

Bénédicte, Bénédiction. J’accueille.

 

Là dans mon garage/atelier j’ai déposé l’enclume. Ça s’est fait dans le silence, sans d’autre témoin qu’une sculpture en argile juste créée devant moi. Légère légère….

 

 

Epilogue :

J’ai perdu deux kilos cette semaine-là.

J’ai dormi, apaisée.

 

Et j’ai joué du tambour.

Mon premier chant parlait d’or enseveli sous le sable. Merci à Camille pour l’inspiration.

 

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6 commentaires sur “Au commencement

  1. Oh j’adore!!
    C’est beau!
    Et ça me donne juste envie de te dire que je t’aime, je devrais même dire vous parce qu’en fait je te connais de loin seulement et que je suis pleine de respect pour qui tu es.
    1. Oh ben merci, venant d’une femme aussi volontaire que toi le compliment me va droit au coeur. Je t’aime aussi, toi et tout ce que tu fais. Transformer ce qui nous arrive en chance pour les autres est le seul chemin qui fasse briller nos pas.

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