Arythmie

arythmie

J’y suis. Enfin. Dans cet espace des possibles. Les mains en suspension au dessus du clavier, je cherche par quel moyen partager cela avec toi. Quels mots assez forts, assez précis. Les minutes coulent ainsi et la page reste blanche. Faute d’inspiration je me décide à te l’avouer, ce blanc. C’est le mot que j’attendais, l’adjectif qui convient à la situation : blanc. Comme toujours c’est lorsqu’on lâche prise que la solution nous est donnée.

Blanc

Je suis en possession d’un livre vierge et je m’apprête à en écrire la première page. Si je devais faire un parallèle entre ce livre et ma vie, ce que je peux en dire ressemblerait à peu près à ceci :

De l’instant de ma conception à celui où tu me lis, tout ce que j’ai entrepris avait pour finalité la création de ce livre. Nourrisson désarmé dans cette forêt d’hommes et de femmes, j’ai passé les premières heures de mon existence à les observer. Je me suis perdue entre ces drôles d’arbres, cherchant à en connaître l’essence. J’ai erré longtemps ainsi, demandant leur nom, apprenant leurs coutumes, écoutant l’esprit des bois murmurer sa musique à mes oreilles mal dégrossies. J’ai fini par le rencontrer, l’arbre élu entre tous, celui qui m’offrirait ses plus belles branches, sa plus belle matière. J’ai entrepris de le tailler mais je n’avais pas les outils suffisants. Cela a pris du temps. Imagine toi tomber un chêne en fendant son tronc à l’aide d’un canif et tu auras une idée de la force, la persévérance et l’obstination qu’il m’a fallu pour en extraire la pulpe, jour après jour.

Victorieuse enfin, je suis partie en quête de la recette de fabrication du papier. De la sciure, de la sciure et de l’eau. Semblable à mon bel arbre j’ai donné de la sueur, de la sueur et de l’eau. Et j’ai fini par obtenir une pâte belle et lisse. Je l’ai étalé, pressée, séchée. A chaque feuille de papier ainsi obtenue je me questionnais. A quoi bon tout ce labeur ?

Il m’a encore fallu apprendre l’art de la reliure pour nouer ensemble ces pages avec délicatesse. Un geste maladroit et tout était à recommencer. Sans découragement, reprendre encore et encore son ouvrage.

4 juillet 2017. C’est la date à laquelle j’ai posé le dernier point de couture. Mon livre est magnifique. Je savoure. Je me repose un peu. Mais pas trop longtemps. J’ai ouvert la couverture et je ne quitte pas des yeux la première page blanche. Celle où je vais maintenant pouvoir laisser ma trace.

page blanche

Je suis sereine. Fatiguée mais sereine. Je sais maintenant que la lenteur du processus était nécessaire. Que ce temps était le temps juste pour moi. L’univers est un horloger qui ne connait pas de dérèglement. J’écrivais au réveil ce matin : L’espace est comparable à un énorme battement de cœur auquel nous appartenons. La moindre arythmie ne peut y être tolérée. Tout au long de notre existence nous sont envoyées les situations, les rencontres nécessaires au calage exact de nos actions sur ce rythme imperturbable. Jusqu’à parfaite synchronisation. Souvent les personnes qui ont le sentiment de parvenir à trouver leur place en ce monde parlent à juste titre « d’alignement ». Je me suis souvent demandé sur quoi il fallait donc s’aligner, quel était donc ce mètre étalon qu’il nous fallait prendre en repère.

Il s’agit du battement de cœur de l’univers. Celui-là même dont les astrophysiciens affirment qu’il se dilate et se rétracte. Comme le tien. Une systole, une diastole. Une systole, une diastole. Prêter l’oreille et sentir cela. Voilà pourquoi peut-être on dit des musiciens qu’ils ont une propension plus grande au bonheur. Ecouter, se caler sur le rythme.

C’est aussi ce que la spiritualité nous enseigne, ne pas nager à contre-courant. Faire battre nos cœurs à l’unisson.

Dans cette symphonie parfaitement orchestrée, j’ai eu le désir profond d’aller fabriquer prochainement mon propre tambour. C’est pour le cœur de l’été. Quoi que tu fasses c’est toujours le cœur de quelque chose vois-tu. Il symbolise la transformation profonde qui me traverse. Il marquera de sa pulsation cet alignement dont il sera le témoin.

Je te laisse, je commence à remplir le livre blanc, il s’écrit au présent.

11 commentaire sur “Arythmie

    1. Oh comme c’est joliment dit ! Je n’avais pas fait le lien avec la cohérence cardiaque (je n’y entends rien) mais c’est très juste ! Merci pour cet enrichissement !

  1.  » L’espace est comparable à un énorme battement de cœur auquel nous appartenons  »
    c’est exactement cela, c’est exactement ce que l’horloge me dit, murmure à mon cœur,  » je n’ai pas d’aiguilles pour indiquer quoi que ce soit, simplement, je suis, je suis là  »
    je t’aime belle note de musique de la joie !!!!
    boum boum boum ….

  2. Une fois plus tu m’as cueilli. Quelle magnifique illustration. Si ton roman démarrait ainsi… la vie emprunte au roman… qui emprunte à la vie. Tu es l’architecte d’une joie communicative. Florence vecteur de bonheur, tu devrais être remboursée par la sécu. Mais que dis-je! Tout ce que tu proposes n’est que dons et offrandes. Tu es la prêtresse de l’élévation. Je te confierais bien mon âme si elle n’était déjà prisonnière.

  3. Quand je lis ton parallèle entre le battement de coeur et l’espace, je pense immédiatement à l’idéogramme « xin » le coeur, en chinois, qui représente un battement (petit trait vertical), un temps d’attente marqué par un trait horizontal qui s’étire, puis, 2 battements. L’espace du battement de coeur est tout entier dans ce trait horizontal;, et la musique du coeur (poum……. poum poum) est présente dans les virgules verticales.
    J’ajoute que le coeur, en chinois langue écrite, est la « clé » de tous les mots qui ont un rapport avec les émotions. On dirait qu’il fait vibrer ces mots.
    Bref, tu es alignée avec ce que nous enseigne la langue chinoise calligraphiée… cela n’est pas un hasard, n’est-ce pas ?

  4. Ton article Florence, mon coeur l aime <3 J'entends ses palpitements :))) Alignement !!!! Une de mes intentions pour cette saison 7 😉
    Je te souhaite une merveilleuse aventure dans l histoire de ces pages blanches si soigneusement colorées 🙂
    Bisous

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *