A la chaleur humaine

Le chamanisme est très à la mode n’est ce pas ?

Kezako ?

Une pratique qui nous permet nous, êtres incarnés, d’entrer en relation avec les esprits de la nature. Ni philosophie, ni religion, une expérience intime plusieurs fois millénaire que notre société occidentale moderne ne nous permet plus vraiment de vivre. arbre chamanisme

Originaire de Mongolie, le chamanisme devrait être estampillé « appellation d’origine contrôlée ». Seulement notre récent engouement pour la Terre-mère et nos ancêtres a semé la confusion. Tout ce qui a trait aux esprits devient chamanisme. Ils poussent des chamans autoproclamés un peu partout. Même celles et ceux qui font cela avec sérieux devraient éviter de se désigner ainsi.

Par simplification des choses, le moindre festival, le moindre « praticien » utilise cette terminologie. Je conserverai donc aussi ce vocable, parce que chaman, c’est plus simple à écrire que  « personne en contact avec le monde invisible », j’en conviens … On parle aussi d’hommes/femmes médecine dans la tradition amérindienne mais je trouve le mot médecine trop connoté.

Bon, pourquoi ce petit laïus ? Parce que j’ai eu envie moi aussi de vivre une expérience chamanique, de me relier à mes traditions ancestrales. Et tu ne vas pas être déçu, je vais t’en offrir deux pour le prix d’une. Enfin si tu patientes un peu, car je vais faire des détours.

Mon envie est née des récits de mes amies au sujet de leur animal totem, de leur transe avec un tambour, de tous ces stages dont elles revenaient ravies. J’ai fini par être intriguée. Il faut dire aussi que la vie n’a cessé de placer des petits cailloux chamaniques sur mon chemin de vie. Au moins trois gros.

Le premier lorsque j’avais dix-huit ans. A la fac j’ai eu à choisir sept matières optionnelles pour valider mon cursus en psychologie. Le catalogue était assez folklorique et je me suis retrouvée à devoir suivre des cours sans grand rapport avec Freud. Genre ? Du grec. Genre ? De l’ethnologie. amphi_lyceeensNous y voilà. Un passionnant ethnologue, homme de terrain, nous raconte tous les samedis matins, entre deux discours sur Levi-Strauss, les scènes irréelles auxquelles il a assisté, les rituels chamaniques d’une ethnie qu’il a découverte. Pendant ces quatre heures de cours d’affilée j’en arrive presque à oublier que je vais passer une grande partie de mon WE en amphi. Ce prof d’apparence sérieuse qui me parle de l’invisible, cela reste dans un coin de ma tête, curiosité.

Une dizaine d’années plus tard, un voyage en Sibérie prend une tournure inattendue et m’amène sur les routes de Mongolie, chose que je n’avais pas même imaginée quelques mois auparavant. mongolieJe n’y rencontre pas de chamans, cependant je découvre que l’on peut danser sa vie au plus proche de la nature, que cela provoque en moi des sensations puissantes et uniques. Là, au milieu du désert de Gobi, accueillie par ces nomades, un je ne sais quoi s’insinue en moi, une rencontre à l’intérieur, un retournement, indicible.

Plus tard, je croise sur mon chemin un magnétiseur qui va, en me sauvant la vie, m’amener à faire des recherches sur ce monde invisible. Car cet homme ne se contente pas d’user de son magnétisme. Il est en lien avec … autre chose.

Je suis mûre pour rencontrer mes premiers chamans. Je le fais savoir à l’univers. J’écris sur ma to do list : CHAMANISME.

Et j’oublie. Il n’y a pas grand chose dans ma région à ce sujet, ce n’est pas ma priorité et surtout j’ai mille autres expériences à vivre.

Un mois après, l’info me tombe pourtant sous le nez, sur FB on m’invite, dans le magasin bio du coin un flyer traîne : un festival chamanique à 25 minutes de chez moi ! Je note dans l’agenda.

Une amie me met en garde contre les dérives sectaires, une autre fait de même la veille du festival, inévitable dans notre culture. Je suis tout de même mon intuition (à 41 ans il serait temps) et me rends sur place. Je n’ai pas envie de remonter dans ma voiture.

Plusieurs hectares de nature pour nous accueillir. Les personnes présentes semblent sympathiques, quelques bises et regards échangés, un bracelet de festivalière plus loin j’attends que la journée débute.

Légère déception au début, l’absence de café à l’entrée peut-être ? Ou bien le flottement que je perçois lorsque je comprends que c’est une première édition et que l’organisation sera … très approximative. Heureusement très vite j’entame la conversation avec un couple charmant.

La cérémonie d’ouverture débute très en retard mais donne le ton. Nous sommes autour de ce grand feu, à l’abri de la fonte. Rituels Mayas, celtiques, d’Amérique du Nord, etc. se succèdent au rythme de la sauge qui se consume. Nous nous tournons vers le soleil, saluons les différents éléments. Chacun ayant présenté sa spécificité, on nous invite à nous tourner vers le chaman nous attirant spontanément le plus. Je choisis Sylvie et son massage énergétique japonais. Aucun folklore vestimentaire, elle m’inspire confiance pour mes premiers pas.

Flûte quelqu’un est plus rapide que moi à la solliciter, j’attends donc, sans bouder mon plaisir, en faisant la sieste une heure au soleil. Merci Manu pour le plaid que tu m’as conseillé d’emporter au dernier moment…

Sylvie me réveille, me fait rentrer dans sa tente, réplique miniature d’une yourte dressée au milieu des chênes. Je passe un moment agréable pendant une heure de soin. Pas de visions, pas se sensations particulières autres que le bien-être et un échange avec cette femme qui cherche à connaître l’étendue de mon champ d’expériences en matière de yoga, énergies, etc.

Je sors satisfaite, quoique surprise que l’organisateur n’ait pas précisé que les soins individuels sont à payer en sus. Les festivaliers qui se sont tournés vers des soins collectifs n’ont pas rencontré cet écueil. Le paiement est justifié, ça manque juste un peu d’informations en préambule.

Tout cela m’amène à 13h00. Il est temps de récupérer mon pique-nique. Oups, une restauration était proposée (pas spécifiée non plus) mais je m’en sors bien avec mes sandwiches car rien de végétarien au menu. Un plat délicieux de l’avis général, à base de poulet. Nous mangeons entourés d’arbres, très agréable.

Je passe une heure trente en bonne compagnie avec : une jeune femme qui organise entre autres des ateliers d’écriture (sérieux ?), une prof d’anglais baroudeuse en phase de démission (encore une), une autre festivalière fort sympathique qui semble bien m’apprécier et cherche à venir habiter la région.

Nous rejoignons ensuite un cercle de femmes organisé à nouveau par Sylvie. C’est sans doute bête de ma part de ne pas aller à la rencontre d’autres chamans mais je suis encore mon intuition. L’idée d’un cercle de femmes me convient.

Je ne peux raconter ici ce que nous avons échangé, sinon ce ne serait plus un cercle de femmes. Juste vous dire que j’apprécie de partage. Cependant rien à voir avec l’expérience forte de tente rouge vécue quelques mois auparavant.

Personnellement, et de l’avis de la prof d’anglais également, c’est un peu court tout cela. Je vais rester sur ma faim.

Une discussion attire néanmoins mon attention. Le matin un intervenant a comptabilisé le nombre de participants aux sweat lodges du soir. En bonne yes girl, j’ai levé la main. Sans savoir aucunement de quoi il s’agissait ! Or voici que mon amie prof doute de sa capacité à y participer. Elle a déjà tenté l’expérience, a trouvé cela « chaud » et s’est défilée lors d’un précédent festival , incertaine de vouloir retenter la chose ce soir.

Ah ? C’est quoi chaud ? Elle a pourtant l’air de pas avoir froid aux yeux cette fille-là. Léger questionnement intérieur.

Fin d’après-midi. Je n’ai encore rien vécu qui m’ait donné à réfléchir, si ce n’est la rencontre avec des personnes riches de leur humanité et la vision de ces chamans aux tenues bigarrées.

Le meilleur est à venir.

Si tu es resté jusque là, je m’en vais te raconter la méditation pour la Terre qui s’en est suivie. Les émotions fortes débutent.

Un jeune druide haut en couleurs, cheveux longs, maquillage et amulettes, nous invite à nous rapprocher de notre tradition celtique, à la faire revivre à travers nos pratiques. Le chaudron, l’hydromel, la corne, les plantes de nos régions, etc. Pour tout dire il me donne très envie d’acquérir un chaudron, moi qui adore faire brûler de l’encens, des plantes, je visualise bien ce chaudron dans mon jardin tiens.

Nous sommes réunis en cercle, nous allons débuter la cérémonie des quatre éléments. Terre, air, eau, feu. La sortie de zone de confort est importante pour un novice. Manger de la terre de stonehenge n’est guère savoureux, entendre la corne retentir le long de sa colonne vertébrale, une aile d’oiseau nous caresser le visage ou aspirer la flamme d’une torche ne sont pas des épreuves insurmontables. Le faire pour la première fois au milieu des incantations celtiques avec trente personnes inconnues, c’est … particulier. Cependant le druide est très convaincant et surtout, au bout de trente minutes à peine, un événement va nous laisser sans voix.

Un arc en ciel d’une splendeur inégalée apparaît dans le ciel. Jamais rien vu de tel. Il se tient juste en face du cercle, l’encadre parfaitement, le ciel est d’un gris irréel, la lumière de la tombée du jour est magique. Toutes les couleurs sont dédoublées, voire triplées, les tons sont fluorescents, la largeur est exceptionnelle et l’arc en ciel est intégral. Je ne suis pas au bout de mes surprises lorsqu’un deuxième arc en ciel apparaît au dessus du premier, moins marqué mais entier lui aussi. Et surtout, je m’attends comme les autres à les voir disparaître sitôt la petite ondée terminée. Que nenni, ce spectacle étourdissant durera tout le temps de la cérémonie. Jamais vu quelque chose de semblable. Le druide est stupéfait lui aussi et les participants ne peuvent plus détacher leur regard du ciel. Il se murmure partout des « jamais vu ça c’est incroyable ». Notre chaman en titre explique que l’arc en ciel est précisément le cadeau fait à la cinquième génération d’hommes que nous sommes. Je ne sais pas quoi garder de tout cela et peu importe, c’est un festival pyrotechnique, plus chamanique ! C’est tellement beau. Je me lève et tente comme d’autres une photo de mon smartphone, piètre rendu qui ne capture pas l’instant. L’arc en ciel y semble terne et amoindri. J’observe donc ce spectacle avec l’intention d’en conserver chaque détail, pour les moments de grisaille dans ma tête.

Les odeurs de résine brulées, de plantes, le son de la corne, la communion avec toutes ces personnes, ces incantations, c’est un moment exceptionnel que nous vivons là.

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Pendant ce temps les gardiens du feu sont restés à l’écart, ils ont plongé des pierres chaudes au milieu des braises incandescentes.  J’apprendrai que ce sont des pierres rapportées spécialement du Larzac. Deux sweat lodges hutte sudationsont dressées dans cet endroit sacré. L’armature en bois a été recouverte de nombreuses couvertures rouges. Une « porte » est laissée ouverte pour en permettre l’accès. Je ne savais rien en venant ce matin, je me retrouve tant bien que mal à nouer mon cheche autour de la taille et reste en tee-shirt à bretelles, faute d’avoir prévu une robe légère ou un maillot.

Les habitués sont équipés. Manifestement nous allons avoir chaud, très chaud. Tout est codifié. La manière de pénétrer sous la tente, le sens de rotation, les rôles de chacun. Là au milieu du cercle que forme la dizaine de personnes maintenant accroupie sous la tente, nous observons le trou creusé au centre, à même la terre. Seront apportées, à intervalles réguliers, des pierres en fusion. Elles sont magnifiques à voir. Chaque pierre qui entre, à la demande du maître de cérémonie, est accueillie par une prière Sioux et disposée selon son désir. Je me familiarise avec le calumet et j’essaie de ne pas paniquer. Nous allons passer quatre « portes ». Comprendre qu’à chaque nouvelle étape la tente sera refermée, nous serons dans le noir, avec les pierres incandescentes pour compagnes. Je suis claustrophobe mais je parviens à surmonter, à ma grande surprise, l’angoisse liée à la fermeture de la première porte. Nous sommes là, dans de ce qui pourrait ressembler à un utérus maternel. Et nous allons vivre une renaissance. Je ne peux retranscrire les parfums des plantes jetées sur les braises, ni te partager la magie des étoiles qui semblent crépiter sur le feu. Je veux te dire cependant que rien ne me préparait à ce que j’allais vivre. Les prières proférées pour la Terre, l’amour, la paix résonnent en moi. Les chants indiens, le son du tambour, les cris et ce qu’il va falloir dépasser de soi pour vivre cette expérience me laisseront à jamais le souvenir d’une rencontre avec l’autre et surtout avec soi.

A chaque porte, le maître de cérémonie va jeter toujours plus d’eau sur les pierres, toujours plus vite. Je m’attendais à un sauna, déjà difficile à supporter pour moi, il n’en fut rien. La vapeur est si brûlante que tu ne commets qu’une fois l’erreur de respirer par les narines, sous peine d’y laisser tes bronches. Dépassement de la douleur, le feu semble mordre ton visage. Je voudrais garder la posture digne de l’indien mais j’approche lamentablement ma tête du sol, pour récupérer le semblant de fraîcheur encore communiquée par la terre. Humilité. Je pleure entre chaque porte, comment est-il possible que la suivante soit encore plus chaude que la précédente ? Je vais me consumer toute entière.

Je ne vois aucun esprit, je ne suis plus faite que de l’eau qui ruissèle sur ma peau. Entre deux portes des couvertures sont levées, nous laissant l’accès aux étoiles. Alors je respire. Je respire comme jamais cet air frais bienfaiteur qui nous vient de la nuit. Cette respiration tu ne dois pas l’oublier, nous explique en anglais le maître de cérémonie.

Une anglaise est présente et par égard pour elle, et aussi parce que notre guide a été formé par Archie fire Lame Deer, authentique chef indien,  la plupart des discours sont prononcés en anglais, en dehors des chants et prières indiennes. Non je n’oublierai pas cette respiration là. A chaque porte je me sens vivante comme jamais.

Le  rituel est adapté aux femmes et aux débutants, pas trop chaud nous dit-on. feu inpi2Ah ? A la fin de la cérémonie, au milieu de ces participants éparpillés un peu partout autour du feu, heureux ou ébahis de sentir la puissance de cet air qui s’engouffre dans leurs poumons, allongés à même le sol, je suis interdite.

Je m’approche admirative d’une participante, handicapée, qui n’avait donc aucune possibilité de se mettre à terre pour supporter un peu mieux l’épreuve. Je lui dis mon admiration, cinquante centimètres plus haut que nous tous, comment a-t-elle tenu ?

Nous échangeons quelques mots, quelques accolades. Je m’éloigne un moment pour pleurer à gros sanglots face aux étoiles.

Il est temps de rentrer.

5 commentaires sur “A la chaleur humaine

    1. Oh merci Ophélie, j’ignore si on y trouve des pépites de sagesse car je cherche encore la mienne. En revanche la quête de la joie et l’amour de l’écriture, du partage, y sont bien présents. Belle journée à toi et merci de t’être arrêtée ici quelques instants.
  1. Qu’est-ce que j’adore te lire, Chère Florence 😉
    C’est un grand bonheur pour moi. C’est drôle, hier j’ai tiré la carte du défi des 100 jours « CHAMAN : Je laisse le chaman en moi me guider ». Lol, c’est tellement éloigné de ce que je connais, que j’en ai cherché la définition : « Humain qui représente le lien entre l’humanité et les esprits de la nature ». Bon, quel programme ! Pour m’inspirer, je suis allée chercher un vieil album de mon adolescence : sacred spirit 🙂 Bref, ça m’appelle, va falloir que je creuse de ce côté là. Bisous <3
    1. Ah oui, ça fait beaucoup de petits cailloux pour toi aussi, on dirait bien qu’on va bientôt investir dans un tambour toutes les deux ! Quoique la corne du druide, avec des voisins indulgents, ça a un son qui claque bien ! Merci pour tes commentaires réguliers et pour ton « j’adore te lire » qui me donne la persévérance et l’audace suffisante pour un billet hebdomadaire.
  2. Belle et profonde expérience que tu nous fait partager là. Tu uses des mots comme d’un pinceau pour nous decrire ton ressenti avec toute la verve et l’acuité qui te sied. Je te souhaite de vivre des moments forts et heureux innombrables et sans retenue. Laisse moi te faire part d’un souvenir, à moins que ce soit qu’un rêve… ou le fruit de mon imagination.

    Comprendre qui je suis, qui j’étais et qui je serai. Chasser de mon esprit tous les artifices qui le polluent, évacuer le superflu et se recentrer sur l’essentiel, la quête de soi. Les mots de Nergui se sont infiltrés en moi s’immisçant dans tous les pores de ma peau, emplissant chacun de mes vaisseaux, nourrissant la moindre cellule.
    « La différence est la première grande vérité. Parmi les milli- ards d’êtres et de choses, aucune n’est tout-à-fait semblable à une autre. Alors évitons de faire des associations par analogie, et sachons voir ces différences. On voit des ressemblances qui n’existent pas. C’est dû au manque de raffinement de notre vue. Jouir d’une vision fixe et rigide du monde extérieur est l’expres- sion de l’ignorance et la cause de tous nos malheurs.
    Tout change, tout est différent mais nous ne réussissons pas à le percevoir. Nous voyons toujours ce que nous voulons voir. C’est l’illusion, ce voile persistant devant nos yeux, qui nous empêche de voir ce qui est. Fondamentalement, ce qu’il faut voir, c’est que tout est différent. Je suis ici, tu es là. Les deux sont dif- férents. Puisque tout est différent, personne ne peut s’attendre que l’autre agisse d’une manière particulière. Puisqu’il est différent, il ne peut que se comporter différemment. Il ne pourrait agir de la manière qui te convienne que s’il était toi, ce qui n’est pas le cas et si la situation dans laquelle il se trouve était la même que toi. Ainsi faut-il essayer de comprendre les autres plutôt que de leur attribuer le qualificatif de bon ou mauvais. C’est ainsi que tu pourras dépasser les différences et percevoir le caractère unique de chaque chose.
    Deuxième grande vérité. Tout change partout et toujours. Ce qui rajoute une nouvelle dimension au déploiement des diffé- rences. Le changement, c’est la différence dans le temps. Y a-t-il une base derrière ces apparences ? Quelque chose de permanent ? Oui. C’est l’arrière plan sur lequel se produisent tous ces changements qui est réel. La vision qui perçoit le changement ne change pas. Ceci est permanent.
    Aussi fais en sorte de percevoir et ressentir le changement dans chaque chose. Alors rien ne t’affectera, ne te bouleversera, parce que tu sauras que tout est simple phénomène et apparence. Quelle que soit l’apparence, tu demeureras calme, serein et dé- sintéressé, lucide et non affecté.
    Il y a un changement continuel dans le monde extérieur. La vie et la mort se côtoient. Il y a la lumière et l’obscurité, le soleil et l’ombre, le plaisir et la douleur, la chaleur et le froid, l’amour et la haine. Ces opposés sont innombrables et incontournables. Mais nous aimons certains et détestons les autres. Nous voulons les bons et refusons les mauvais. Nous avons soif de plaisir et détestons la souffrance. La vie se compose de toutes ces ex- périences, bonnes et mauvaises, difficiles et faciles, simples et complexes. Ainsi, nous appauvrissons nos vies car vivre signifie tout expérimenter. Nous voulons le miel et pas la piqûre de l’abeille. Ceci est dû à l’ignorance. Le plaisir ne va pas sans la peine. C’est uniquement quand nous connaissons la peine que nous pouvons apprécier le plaisir. Seul l’homme qui a souffert de la chaleur du soleil peut apprécier la fraîcheur de l’ombre. Rien n’est totalement mauvais ni bon entièrement, absolument. Il y a seulement des différences. Le bien et le mal sont relatifs. Ce qui est bien pour l’un est mal pour l’autre. Et chaque chose est un mélange de bien et de mal. Accepte la réalité comme elle s’ex- prime dans la dualité et adapte toi en conséquence.
    La mémoire est l’ingérence du passé dans le présent. Le passé s’introduit en force simplement parce qu’il n’a pas été complète- ment accepté. Au moment où nous l’acceptons, nous devons nous en libérer. La souffrance, les soucis, la tristesse apparaissent parce que l’on refuse ce qui arrive, ce qui est.
    L’émotion témoigne du refus du passé, et du présent. Accepte le passé, ainsi, tu accepteras le présent. Quand nous voyons une chose comme elle est, nous n’éprouvons ni émotion ni excitation, mais au contraire un sentiment d’unité avec elle. La passion dans l’affirmation ou la négation est le signe que quelque chose, quel- que part, ne va pas. Le sentiment n’est pas l’émotion. Il unit alors que l’émotion sépare. Il ne laisse pas de trace derrière lui… »
    Inutile de préciser que l’initiation porte à peine ses fruits. Elle a dû être amputée lors de mon départ au milieu de balbutiements de clairvoyance.

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