Allez

C’était il y a quelques années. Je peinais à tenir sur mes deux jambes plus de quinze à trente minutes. Où que j’aille je repérais dare-dare un coin où poser mes fesses pour le moment où j’allais flancher. J’entamais mes courses en me servant habilement du caddie pour prendre appui. De fait mon chéri et moi avions renoncé aux sorties concerts que nous adorions, ne pouvant nous résoudre à écouter les musiciens du fin fond de la salle, depuis les sièges.

Et puis il y eut cet album de Camille, Ilo Veyou. J’en adorais les sons, la voix, la créativité, l’originalité, les rythmiques, les audaces. Depuis son fameux Le fil, j’étais hypnotisée par le talent de cette artiste, sa présence, ce je ne sais quoi de plus qui se dégageait de chacune de ses interventions. Alors tant pis, cette fois nous prenons nos billets et oui j’irai m’accroupir tout au fond s’il le faut, juste pour être dans la salle.

Pourquoi je te raconte tout cela ? Parce que cette expérience, ce concert, ont changé ma perception du handicap. Dès la première note j’ai ressenti un souffle magique envelopper la salle toute entière. Et de minute en minute je n’ai plus pensé à mes jambes. Non qu’elles aient soudain décidé de me laisser en paix, elles ne m’appartenaient plus, littéralement ! De bipède je me suis fait oiseau. En cet instant où je t’écris je suis encore en mesure de ressentir ce petit coussin d’air entre ma voûte plantaire et le sol. Pas une seule seconde je n’ai éprouvé de fatigue dans mes membres. J’aurais voulu que le concert ne s’arrête jamais. J’en témoigne, la musique peut donner des ailes, vous envoyer dans la stratosphère, elle a ce pouvoir.

Ce moment reste un mystère pour moi. Comment ai-je pu oublier à ce point-là mon corps pour ne vivre que la présence du son et la richesse des silences ?

Je n’ai pas de réponse, juste une expérience à te partager. Et comme c’est bientôt la fin d’année, que tu comates certainement derrière ton écran en plongeant une main automatique dans ta boîte de chocolats, je ne vais pas t’obliger à me suivre sur trois pages.

Je choisis plutôt de partager avec toi deux vidéos :

La première pour te faire découvrir une petite version de circonstance de cette chère Camille. Je ne pouvais m’en priver puisque Noël 2016 se termine, que ce bon George Mickaël est parti, emportant avec lui mes premières amours de jeune femme. Le tout accompagné de mon ami le piano.

 

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La deuxième je te l’offre en hommage à ce concert qui reste à ce jour le plus merveilleux de ma courte vie, merveilleux au sens premier du terme, puisque j’y ai touché du doigt l’inexpliqué, le sans nom. J’espère t’y insuffler un peu de ma joie et mon énergie pour la nouvelle année. C’est un peu le but de ce blog en même temps. Allez !

 

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En mieux écrit que moi, je te partage enfin cette critique des Inrocks que je viens de découvrir à postériori. Elle met en lumière la magie de la création de Camille :

Tout commence avec un si. Une hypothèse et la septième note de la gamme de do. Dans la gamme anglaise, c’est la note B, à prononcer be, comme le verbe être. Ou, en l’allongeant un peu, bee, comme une abeille, la femme du bourdon, cette note que Camille tient tout au long de son album. Avant Le Fil, la Parisienne Camille a pas mal butiné : elle a sorti son premier album, Le Sac des filles, en 2003 ; entre autres collaborations, elle a chanté sur deux disques de Murat et avec le groupe bossa new-wave Nouvelle Vague. D’honorables états de service, mais rien (sinon une vraie voix soul) qui laissait augurer ce choc qu’est Le Fil.

Ce disque ne ressemble vraiment à rien de ce qui se fait en France aujourd’hui. A mi-chemin entre le cœur et le cerveau, il est entièrement basé sur le chant. Avec sa voix, Camille fait les arrangements, les trompettes, les claviers, les breakbeats et plein d’autres choses. Comme Björk sur son dernier album, alors ? Non, car beaucoup plus chaud, physique, urgent. Le Fil, elle l’a tissé avec ses tripes et déroulé dans un souffle tendu, pour que ses mots fous dansent dessus. Ce disque ressemble à une nuée d’oiseaux que l’instinct de survie pousse à se regrouper avant la grande migration, dans un vol à la fois désordonné et déterminé. “Je voulais trouver l’infini dans quelque chose de très fragile. Je suis allée chercher dans le petit truc qui est à moi, un petit truc tout fin, et j y ai trouvé plein de choses“, explique l’aventurière.

 

10 commentaires sur “Allez

  1. Merci de nous offrir chaque semaine du concentré de toi. j’en tartine sur ma peau, j’en avale quelques gouttes. j’en oins mes marines pour que cette énergie et cette chaleur m’imprègnent jusqu’à la semaine suivante. Tu es l’huile essentielle à mes rouages, la quintessence de la moelle.
    Continue !
  2. C’est vrai que la musique peut tout nous faire oublier. T’ai-je dit que mon chéri jouait de la guitare ? Et que dès fois je l’accompagne au chant 😉
    Faut vraiment qu’on se pose une date de repas et de concert privé 🙂
    Bisous
  3. Hello Flo
    J’adore aussi cet album de Camille. Ma fille a failli portait ce prénom. Ce fil tire sa trame tout le long du disque et même après.
    Une invitation à le saisir et s’envoler ou à butiner et venir s’y raccrocher plus tard.
    Belle grandiose année 2017 à tous.
    PAJ brother and sister PAIX AMOUR JOIE
    1. Ohhhhhhhhhhhhhhhhhhh c’est la première fois que tu me laisses un commentaire ma tendre enfant, merveille des merveilles. Dans tes yeux le passé le présent et le futur de la création réunis. Je t’aime.

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